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Art&Déco Rhône Alpes  |  un homme, Un sculpteur
 

Lettre de mon amie Virginie de Marco

 
Munie d'un rafraichissement je pars sereine et confiante en promenade. Mon oeil est attiré par de petits personnages, en retrait. Ils sont multiples. Leur attitude laisse deviner une gloire déchue. Leurs casques et leurs costumes les rendent pittoresques. Il me semble les reconnaître. Ils me sont familiers. Issu de la Comédia dell'Arte ? Et à proximité, n'est-ce pas, ce chevalier qui se battait contre des moulins ? Ma main s'incline et mes doigts effleurent la matière, dure, froide comme les espérances perdues de ce pauvre Don Quichotte, en pied.

Rossinante. Cette fidèle monture. Nullement représentée ici. Mais au détour d'un sovle, dans un contrapostto provoquant, apparaît un fidèle représentant de la famille des équidés. Gracile mais docile. La force traduite à travers ses formes me laisse suggérer le combat qui l'a engendré.
Taureau, chien, cohabitent et habitent l'espace, loin de toute arrogance, révélant avec déférence l'estime de leur exécution.

Au sein de mes pérégrinations dans l'atelier, lieu intemporel, je m'enivre de ces odeurs de sciure, de bois, de plâtre qui constituent la matière de bout d'histoires de vie. Nulle intrusion. Un appel à l'exploration ; je continue. Les réminiscences de voyage sont fantasmagoriques. Un je ne sais quoi de réel se dégage. Comme la coexistence du charnel et de l'évanescent. La délicatesse de la lumière qui accroche la matière. Les formes qui se lient et se délient au gré des aspérités sont un ravissement au toucher. mes doigts parcourent la structure comme une carte intime de mes souvenirs. Mon esprit s'évade et tisse l'espace d'une seconde une passerelle avec ses propres réminiscences de voyages.

L'imposante réalisation du Christ en croix me sort de mes rêveries. Sa majestuosité douloureuse rappelle les représentations des maitres du sud qui ont inauguré la Renaissance. Mon parcours s'achève sans que je n'aie tout révélé. Tant mieux, une part de secret intrinsèque à chacun doit être préservée. Comme le travail de l'artiste qui dévoile la substance. En visualisant, en touchant, en étant à l'écoute des contraintes qu'impose la matière, il libère un contour, un galbe. Il arrange, il compose, il organise, il structure, il modèle, il moule, il libère la chrysalide de son cocon, au gré des métamorphoses des corps.

Nullement détracteur. Sans rival dans son enceinte, il devient instrumentiste de la matière, il opérait à son épanouissement, il connaît le processus et le maîtrise. Travailler dans la confrontation de l'intimité, sans jamais arracher l'objet à ce qu'il est. Pas de trahison, autant dans la réalisation que dans la conception. Comme une évidence, le sculpteur montre au monde ; accoucheur des formes, initiateur des codes, sage-homme des proportions bien pensées, il dévoile l'âme organique.


Virginie De Marco